Enregistrement réalisé par Pepe fin janvier 2008 à N’Djamena au Tchad en 2008.
20 minutes d’entretien avec Pepe, réalisé le 15 juin 2009 à Genève, quelques jours avant son 4ème mandats pour le HCR (Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés).
La promotion du concept d’autonomie des réfugiés en lieu et place de la logique de dépendance engendrée par le développement libéral est traitée dans l’ouvrage de Giuseppe Rullanti La Recherche-Action au service de l’auto-développement (Ed. L’Harmattan, Paris, janvier 2006).
1er texte :
Camarades,
Je suis finalement en mesure de vous faire parvenir quelques informations où je tente de traduire tant bien que mal les récents événements qui se sont déroulés au Tchad.
Arrivé à N’Djamena le mardi 29 janvier 2008. La capitale du Tchad me semble bien triste. Le sable, que l’on appelle ici la poussière, est omniprésent. Les regards que je croise sont fiers et graves ce qui, dans un certain sens, est un trait caractéristique des populations qui vivent dans des pays où le désert prédomine. Je suis loin de la frénésie des villes d’Afrique de l’Ouest où couleurs et sensations fortes ne cessent de bousculer vos sens. Il faudra que je m’accoutume au climat rigoureux et désertique du nord est du Tchad où, quelque part sur la frontière soudanaise, je serai en charge des services communautaires dans un camp de 28’000 personnes comprenant majoritairement des réfugiés du Darfour mais aussi quelques milliers de déplacés tchadiens.
Mercredi 30 janvier, journée dédiée essentiellement à « l’adminicastration » onusienne. Etape inévitable sans laquelle votre engagement, considéré sous un point de vue strictement objectif, est sérieusement remis en question. Après avoir déclaré une centaine de fois par écrit que j’étais bien moi-même et que j’étais prêt à mourir pour « tutti quanti », je me réfugie dans le grand marché de la capitale. Les discussions vont bon train et j’apprends que les diverses fractions rebelles tchadiennes, unies pour l’occasion, s’approchent de N’Djamena. Tout me semble pourtant calme dans ce marché où l’animation n’est pas vraiment au rendez-vous. J’arrive à faire une acquisition à mes yeux essentielle : un joli turban soyeux dont la blancheur réfléchira autant la lumière que la chaleur qu’elle véhicule.
31 janvier, ce jeudi on nous assigne à résidence. Je me terre dans cet étrange hôtel en construction où les ouvriers pullulent. L’un d’eux chante. Il est perché en hauteur sur de fines et fragiles planches de bois, une sorte d’échafaudage à l’africaine. Sa voix est magnifique. Je me munis de l’équipement audio de la RSR pour enregistrer cette mélodie qui, avec un peu de chance, sera jointe en MP3 à ce message.
Le personnel de l’hôtel est légèrement plus tendu que la veille. Les rebelles approchent et la couverture médiatique est trop importante pour que leur progression passe inaperçue. Malgré tout, les gens semblent blasés. Ce n’est pas la première fois que les tchadiens se confrontent à une situation de crise. Ils laissent donc venir tout en pensant qu’il s’agit à nouveau d’une fausse alerte.
Vendredi 1er février : je suis à nouveau consigné à résidence. Vers 14h00, un chauffeur vient me chercher à l’hôtel que j’appelle, sourire aux lèvres, le chantier. Il semble pris de panique et me dit que je n’ai que deux minutes pour rassembler mes affaires. Une dizaine de minutes plus tard je me retrouve au Novotel. Dans le grand hall de ce quatre étoiles s’entassent des humanitaires et des civils internationaux. Il y a également les fameux militaires de l’Eufor qui débarquent au compte goutte au Tchad depuis deux trois jours. Etrange mais prévisible, leur arrivée est en corrélation avec la décision des rebelles de lancer l’attaque. L’Eufor est censée maintenir une paix fragile dans l’Est du Tchad où s’entassent plus de 200’000 réfugiés du Darfour et des milliers de déplacés tchadiens. Or, la volonté de mobiliser une force européenne de maintien de la paix est avant tout française.
Les rebelles considèrent l’armée française comme belligérante puisqu’ils la soupçonnent de soutenir le pouvoir en place. Ils ont donc décidé de lancer leur offensive avant même que l’Eufor s’installe et qu’elle les empêche de déployer, depuis le Soudan, leurs colonnes armées sur le Tchad.
Départ à l’aéroport en fin d’après-midi. Nous devons être évacués au Cameroun dans un avion du Programme Alimentaire Mondiale (PAM). J’apprends que j’ai droit uniquement à 10 kilos de bagage. Je n’ai pas le temps de trier mes affaires : mes valises sont déjà loin et se trouvent soi-disant en sûreté dans la résidence du représentant des Nations-Unies. On nous stresse constamment mais quelques heures plus tard on nous apprend que l’avion est complet et qu’une deuxième évacuation est prévue le lendemain matin. Il faudra finalement attendre 36 heures pour quitter un Tchad pris entre les feux.
Retour au Novotel. On se regroupe avec des camarades dans un coin du grand hall et nous tentons de passer du bon temps malgré la confusion croissante.
Samedi 2 février. Après une ou deux heures de sommeil, le personnel onusien se rassemble à 5h00 pour se préparer à une deuxième évacuation. Nous arrivons à l’aéroport vers 6h30 et attendons que l’avion du PAM revienne du Cameroun. Je rencontre de nouvelles personnes travaillant pour des ONG et qui espèrent se faire évacuer par les Nations-Unies. Leur mine est grave voire même paniquée. Cela se comprend, au loin les bombardements se rapprochent de la ville. Ce bruit assourdissant ne cesse de s’accroître au point où, une heure plus tard, les rebelles sont à N’Djamena. L’avion du PAM ne pourra pas atterrir. Retour au Novotel. Etrangement, je me sens bien et ai tendance à prendre soin des personnes que je côtoie. A coup d’adrénaline et d’endorphine, je gère tant bien que mal mon stress et la fatigue qui en découle.
Les quelques militaires français qui protègent l’enceinte du quatre étoiles sont nerveux. Autour de nous, retentissent les explosions et sifflent les balles. Nous montons au premier étage nous réfugier et remarquons l’élancement de colonnes de fumées qui s’amusent à contrarier la clarté du ciel. Au petit kiosque du Novotel, j’achète des bonbons et commencent à les distribuer histoire d’offrir un peu de douceur aux gens dont la mine est figée par la peur. Les familles présentes dans ce chaos sont les plus remarquables car le seul souci des pères et des mères est de faire sourire leurs enfants malgré le vacarme ambiant.
Fin de l’après-midi, les Français mènent une première évacuation de leurs civils. Nous les voyons partir dans les blindés de l’armée. Beaucoup filment et photographient cette évacuation à saveur chewing-gum. Les militaires filment aussi, sûrement à des fins de propagande ou de renforcement de leur légitimité relative à leur présence au Tchad.
Dimanche 3 février. Levée à 4h00 pour quitter l’hôtel à 8h00. Nous ne sommes pas dans des véhicules blindés de l’armée mais en convoi, dans les fameuses jeeps onusiennes. Beaucoup de tension entre le Novotel et l’aéroport, notamment lorsque nous croisons une colonne de rebelles et que je m’aperçois qu’un des types derrière moi s’amuse à les filmer. Je lui hurle dessus pour qu’il range sa caméra au plus vite… les rebelles nous laissent passer… ouf de soulagement car nous avions appris la veille qu’ils avaient tiré sur des véhicules de l’ONU.
Nous arrivons à la base militaire française. La sécurité onusienne a échoué et s’est fait prendre de rapidité par les rebelles. Nous sommes maintenant entre les mains des Français qui nous évacuent dans un cargo de l’armée de l’air au Gabon. On nous accueille bien, malgré les foutues formalités administratives qu’il nous faut compléter à plusieurs reprises. Arrivée à Libreville où l’humidité vous colle à la peau. La faune tropicale est phénoménale, le vert teinte tous les horizons d’émeraudes. Ici, on nous appelle les réfugiés…
Le lundi 4 février, nous repartons pour le Cameroun… Je suis navré de ne pas avoir disposé d’un peu plus de temps pour me familiariser avec le Gabon. Finalement, nous embarquons dans le fameux petit avion du PAM qui, après une heure de vol, atterrit à Yaoundé. La première personne que je croise dans la capitale camerounaise est l’ambassadeur suisse. Nous menons un brin de causette très intéressant qui prend racine au Tchad et qui se termine sur un comparatif entre les vignobles genevois et vaudois. A l’heure où j’aligne ces quelques mots, je suis encore au Cameroun où je vis au rythme de la coupe d’Afrique et du fameux « stand by » onusien. Celui-ci consiste à rester en attente sans pour autant être en mesure de se relaxer. Il se peut que l’on vous appelle d’une minute à l’autre et que l’on exige que vous soyez prêts à bondir sur le champ. Si rien ne se passe, quelqu’un se chargera de vous rappeler vos obligations en vous demandant de compléter une petite formalité administrative. Castoriadis avait bien raison quand il proclamait que la bureaucratie était l’un des appareils les plus efficaces pour aliéner l’être humain. A ce propos, je conseillais à une collègue qu’avant même qu’elle ne s’acharne à comprendre la logique du fonctionnement onusien, il était préférable qu’elle commence à saisir son illogisme.
Ces derniers jours, malgré le « stand by » onusien, j’ai pu me reposer et faire la part des choses avec cet horrible conflit au Tchad (selon le CICR, 160 morts et plusieurs centaines de blessés). Je m’interroge sur la finalité de ces combats. Les rebelles ont toujours voulu la chute de Déby sans pour autant prôner un changement dont la finalité aurait été d’améliorer les conditions de vie d’une population tchadienne meurtrie et traumatisée. Tous les Tchadiens que j’ai rencontrés estiment ne pas saisir le but de cette rébellion. La plupart d’entre eux me disent qu’après une prise hypothétique du pouvoir par la force, les rebelles risqueraient de reproduire ce qu’ils pensaient combattre : une dictature sous couvert de démocratie.
Après 72 heures de combat et de pilonnages du palais présidentiel, les rebelles sont contraints de se replier. Pourquoi ce repli ? Pour certains, il s’agirait d’une stratégie militaire utilisée par Déby : attirer les rebelles dans une guérilla urbaine. Cette hypothèse ne tient pas la route car l’armée régulière avait essuyé la veille une sérieuse défaite à environ 200 kilomètres à l’est de la capitale. Pour d’autres, et il s’agit de l’hypothèse la plus viable, l’armée française a outrepassé le soutien logistique qu’elle a fourni à l’armée tchadienne en s’impliquant militairement dans cette guerre. La France, qui disait tout récemment vouloir en finir avec la Françafrique, réussit ainsi, sous couvert du conseil de sécurité des Nations-Unies, à légitimer son ingérence au Tchad et à renforcer la crédibilité d’une dictature qui perdure depuis 18 ans maintenant. Ce type de crises, malheureusement trop fréquentes en Afrique, nous démontre à nouveau que les seuls perdants sont avant tous les civils.
D’après les dernières informations que je viens de recevoir, je devrais normalement retourner au Tchad cette fin de semaine. La sécurité n’est toujours pas au rendez-vous car les rebelles ne cessent de se déplacer dans le pays. Il ne faut pas oublier pour autant les nombreux réfugiés du Darfour et le staff local tchadien qui s’est battu pour assurer le minimum vital à ces populations plus que démunies.
Cet écrit est une courte synthèse de ce que j’ai pu vivre ces derniers jours. J’ai l’impression d’être en Afrique depuis deux mois. J’aurais voulu vous parler des belles rencontres que j’ai pu faire. Je vous ai épargné les atrocités entrevues dans les rues de N’Djamena. Je désirais également vous traduire par écrit toute la fragilité d’une humanité désemparée par ses semblables… La route que j’ai entreprise est longue et je m’octroierai le temps nécessaire pour continuer à retranscrire les événements dont je serai le témoin.
Si vous désirez continuer à recevoir ce genre d’information, merci de me le faire savoir histoire que je puisse organiser ma liste d’envoi. J’espère que vous allez bien.
Une douce embrassade, au plaisir de vous lire, de vous entendre et bien évidemment de vous revoir !
Pepe
2ème texte :
Camarades,
Merci pour vos messages d’encouragements et de solidarité. Tant d’écrits qui traduisent joie et tristesse, qui reflètent des réalités teintées par la vie ou ombragées par la maladie et la mort. Je n’ai pu répondre à tous vos messages mais sachez qu’ils m’ont fait rire, pleurer et rire, parler sans avoir rien à dire (mes hommages à Eluard). Je pense constamment à vous et j’espère que vous comprendrez mon silence, mon absence surtout.
Avant même de poser par écrit les quelques aventures que j’ai pu vivre ces derniers mois en Afrique, je voulais juste vous signaler que je serais à Genève du 17 au 29 août. Vous pourrez ainsi me contacter sur mon téléphone portable. Il vous est également possible de me joindre sur Skype, même lorsque je suis dans mon petit coin de désert au Nord-Est du Tchad. Mon pseudonyme, très original, est le suivant : giuseppe.rullanti
Que s’est-il passé depuis mon dernier courrier virtuel envoyé du Cameroun ? Je suis retourné à N’Djamena à la fin du mois de février pour m’envoler début mars sur un petit coucou en direction de l’Est et de sa plus grande ville : Abéché. Je trouvais N’Djamena chaotique, je ne saurais que dire d’Abéché. Après avoir pris un autre semblant d’avion, je suis finalement arrivé à Bahai.
N’est-il pas insensé de piloter un oiseau pareil au milieu d’une tempête de sable
Qui te dit que nous avons décollé ?
Parlons un peu des conditions de vol très aléatoires au Tchad. D’une minute à l’autre, votre vol peut être reporté ou tout simplement annulé. Sable et vents ne cessent de vous jouer des tours. Il est préférable de retarder votre départ de quelques jours plutôt que de partir avec un pilote téméraire qui ne craint pas la tempête, surtout après une nuit dédiée à la boisson. Par ici, les pilotes, pour la plupart des Sud-africains, arrosent leur soirée jusqu’au petit matin d’alcool à brûler. J’ai eu l’occasion de lever le coude avec certains d’entre eux jusqu’à point d’heure pour finalement les retrouver le lendemain matin, sur le tarmac de l’aéroport, prêts à saisir les rennes de leur oiseau de fer quand pourtant le sable est en suspension tout autour de vous. Décoller n’est pas un problème, l’atterrissage est une autre paire de manches, surtout quand le copilote, pris de nausées, vous demande de le remplacer.
Bahai la discrète
Revenons-en à Bahai, minuscule ville dont il vous suffit d’inverser les deux dernières voyelles du nom pour trouver un petit coin de Brésil au coeur de l’Afrique. Côté sable, nous sommes servis. Côté océan, il faut fournir quelques efforts pour que l’imagination réussisse à charger l’atmosphère d’iode et à bercer les sens d’un ressac malheureusement inexistant. Bahai étale son petit kilomètre de ville sur la frontière soudanaise. Pourtant, contrairement à l’animation frénétique censée animer chaque ville qui borde une frontière, il n’y a rien de particulier à signaler par ici si ce n’est un ciel qui repose sa constellation sur les vastes plaines désertiques qui nous encerclent.
Vivre entre Guantanamo et San Siro
Je vis dans une enceinte où se trouvent ma petite chambre et mon bureau. Les murs qui nous entourent sont surplombés de barbelés et de gros néons. Nous illuminons ce semblant de ville à nous seul et, vu de l’extérieur, cette base ressemble soit à un stade de foot bien sécurisé, soit à une prison (certains collègues tchadiens l’appellent Guantanamo 2). Je quitte régulièrement l’enceinte pour me rendre en véhicule sur le camp de réfugiés. Celui-ci se trouve à environ 30 minutes de piste de Bahai. Le camp se nomme Oure Cassoni, il emprunte son nom à un wadi avoisinant (wadi : lit de rivière en langue arabe). Actuellement, les wadis sont tous asséchés. C’est lors de la saison des pluies, mois de juillet / août, que l’eau reprend ses droits sur ces nombreuses veines qu’elle a elle-même sculptées, à force de patience et de persévérance, sur la surface de cette terre aride.
Il y a 28’000 réfugiés au total à Oure Cassoni mais ce chiffre est instable dans le sens où les réfugiés, nomades dans l’âme, ne cessent de se rendre au Soudan (nord Darfour) pour finalement revenir à Bahai (indépendamment de la situation politique). La frontière soudanaise se situe à environ 1’500 mètres du camp ce qui encouragent beaucoup les réfugiés à retourner chez eux. Juridiquement, ils prennent des risques car ils pourraient perdre à tout moment leur statut de réfugiés mais le HCR ferme les yeux. Le sous-effectif du personnel et la logique de l’urgence qui perdure toujours occupent les pensées de cette agence onusienne qui balbutie au lieu d’asseoir son expérience et son autorité.
Les Zaghawas et leur pouvoir pyramidal ont configuré ce camp dans le but de mieux asseoir leur autorité sur la population.
Que dire des réfugiés ? La majorité est d’ethnie Zaghawa et une minorité d’ethnie Goran. Il n’y a quasiment pas de Four. Ceux-ci se trouvent essentiellement au centre Est et notamment au Sud Est du Tchad. L’ethnie Four est majoritaire au Darfour d’où le sens étymologique de cette province soudanaise : le pays des Four. Revenons-en au Zaghawa, ethnie imperméable, dure et fière comme la plupart des peuplades désertiques. Les coutumes zaghawas ne sont pas évidentes à cerner, la communication n’est pas simple et les différences culturelles très accentuées. Généralement, je parle aux leaders réfugiés en anglais mais pour ce qui est de la population en générale, mes deux assistants traduisent mon français en langue arabe. Il m’arrive souvent d’interagir avec des réfugiés qui ne comprennent pas l’arabe et qui ne parlent qu’en langue zaghawa. Dans ce genre de circonstances, il faut faire preuve de patience car, du français les assistants traduisent en arabe, de l’arabe un réfugié traduit en zaghawa et vice et versa... heureusement qu’il y a du thé pour gratifier la patience de tout le monde.
Généralement, les réfugiés n’ont pas leur mot à dire, surtout quand il leur faut asseoir une décision. Leurs leaders décident pour eux, ils font la pluie et le beau temps et se battent avant tout pour leurs intérêts en faisant mine de s’intéresser au bien-être de la communauté. Chez les Zaghawas, le pouvoir est avant tout pyramidal. La configuration du camp reflète bien cette volonté de suprématie : divisé en trois zones, Oure Cassoni souffre de clivages au sein de sa propre ethnie majoritaire. Le trait d’union entre ces différentes zones : les leaders. Ceux-ci contrôlent tout et régulent les relations entre les zones. Ils se situent dans tous les comités censés pluraliser la représentativité de la population réfugiée sur le camp. Ils maintiennent ainsi leur propre population divisée dans le but de mieux la soumettre à leur autorité. La population mais également les humanitaires pâtissent bien évidemment de cette situation.
Des bidons des villes aux bidons de la misérabilité
Comment vivent ces réfugiés ? Dans une misère absolue, dans des conditions de vie où la vie elle-même est à deux doigts de déserter. Au-delà des nombreuses tempêtes de sables, de la chaleur assommante, de l’insécurité permanente, des carcasses d’animaux qui jonchent le sol, l’habitat des réfugiés m’a particulièrement choqué. Tentes à moitié déchirées et rafistolées je ne sais comment. Après quatre ans d’existence, Oure Cassoni est dans un état lamentable. Quelles en sont les raisons ? D’autant plus que l’Est du Tchad est la deuxième opération la plus financée par le HCR (la première étant dédiée aux déplacés internes au Darfour). A son origine, ce camp avait pour but de transiter les réfugiés arrivant du Nord Darfour sur d’autres camps au Tchad. Le temps aidant, force est de constater qu’Oure Cassoni s’est transformé en camp de réfugiés. Or, la législation internationale interdit l’établissement de tout camp à moins de 50 kilomètres de la frontière. Comment se fait-il alors qu’aucune mesure n’ait été prise pour fermer ce camp ? Sous un point de vue économique, l’existence d’un camp correspond à un afflux de capitaux importants. Hormis l’opposition des autorités locales et du gouvernement tchadien de déplacer ce camp, il faut également considérer le refus de ceux qui possèdent le marché parallèle (trafic d’armes et support implicite à la rébellion soudanaise qui recrute au sein des camps).
Nous quittons le camp en convoi, tous les jours sauf le samedi et le dimanche. Le départ a lieu à 8h30 et le retour à Bahai à 16h00. Une escorte de quelques gendarmes, armés de leur kalachnikov, nous suit lors de nos déplacements en véhicule. Le banditisme est une pratique courante dans la région et avant d’avoir instauré cette escorte, plusieurs humanitaires se sont fait braquer et voler leur véhicule.
Ne m’appelez surtout pas chef, je ne suis qu’un modeste cuisinier !
Je devais initialement prendre en charge les services communautaires ainsi que la supervision des programmes humanitaires sur le camp de réfugiés. En gros, il me fallait endosser deux casquettes en une ce qui, à l’origine, ne me déplaisait pas. Je m’imaginais effectivement pouvoir défendre et/ou développer des programmes dont le but aurait été de favoriser l’autonomie des réfugiés.
Après deux semaines à Bahai, la représentante du HCR me demande de prendre en charge le bureau du HCR à Bahai pour une période indéterminée. Je lui fais part de mes interrogations mais elle me répond qu’elle me connaît par l’entremise de connaissances communes et qu’elle me fait entièrement confiance pour assumer les responsabilités relatives à ce poste. Ces responsabilités étaient et sont toujours plus que conséquentes au point où j’ai l’impression d’être arrivé à Bahai il y a déjà plus d’un an.
Je me suis retrouvé ainsi en charge de la communauté humanitaire de Bahai (cinq organisations non gouvernementales plus une autre internationale) et des réfugiés d’Oure Cassoni. Dès le début, je me suis promis de me ménager pour éviter de finir comme l’ancien chef de bureau : dépression nerveuse. Entre dire et faire il y a la mer... j’aurais pu y mettre toute ma bonne volonté mais il est quasiment impossible de disposer d’un quelconque équilibre de vie ici.
Un igloo dans un désert de feu
L’une de mes premières mesures a été de rédiger un rapport proposant trois méthodes d’abris durables sur ce camp. L’un de ces abris est particulièrement intéressant. L’igloo, à base de grands sacs remplis de terre et de sable, est une méthode de construction qui ne nécessite pas beaucoup d’eau et qui est très simple à élaborer. Contrairement aux tentes distribuées par le HCR (tentes qu’il faut changer tous les deux ans) la durée de vie de cet igloo varierait entre 15 et 20 ans. Sa belle apparence fait un clin d’oeil aux voûtes nubiennes que l’on retrouve au nord du Soudan, sur la frontière égyptienne. Une tente coûte au HCR environ 200 dollars contre les 175 dollars que nécessite ce type d’abris.
Après avoir harcelé tous les services du HCR au Tchad mais aussi à Genève, j’ai pu finalement obtenir l’accord d’élaborer un prototype sur le camp à la fin du mois d’août. Si les résultats sont concluants, nous pourrons remplacer les tentes détériorées par cet abri durable ce qui nous permettra ainsi de résoudre quelques problèmes. Par exemple, beaucoup de réfugiés brûlent leurs tentes dans le but que le HCR leur en fournisse une nouvelle. Ces incendies s’amplifient au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la saison des pluies car la majorité des tentes sont rongées par un soleil qui dévore tout sur son passage (même les couleurs qu’il a enfantées ne lui résistent pas). En guise de résolution de certains problèmes liés à l’habitat, je prévois une forte diminution des nombreux problèmes respiratoires dont souffrent les réfugiés. Cet abri les isolera de la chaleur, du froid, mais surtout de cette maudite poussière en suspension qui est à l’origine de toutes ces maladies respiratoires.
Sais-tu à quelle branche armée appartiennent ces hommes ?
Comment veux-tu que je reconnaisse le pied gauche du poulet dans la sauce ?
Je suis constamment confronté au problème de l’insécurité. Celui-ci est redondant, il me colle à la peau et ne me laisse jamais un moment de répit.
A la fin du mois de mars, plus de 3’000 rebelles soudanais s’installent dans les environs de Bahai. Ce n’est pas la première fois que les rebelles passent par ici. Ils sont attirés par Oure Cassoni car la plupart de leur famille se trouve sur le camp. Le marché et l’accès au gasoil leur permet de se ravitailler en vivres et en carburant. Il y a aussi l’eau que les humanitaires puisent et traitent pour la distribuer aux réfugiés mais aussi à la population locale. L’occasion rêvée pour les rebelles de faire d’abondantes réserves de cette ressource très convoitée. Un autre motif de taille qui les attire : le recrutement, sujet sur lequel je me pencherai ultérieurement.
Face à la perte du caractère civil du camp de réfugiés, je me suis battu avec les autorités locales afin que celles-ci préservent le camp de toute présence de groupes ou de forces armés. Il est cependant difficile de négocier avec les autorités, surtout quand vous savez que l’Etat tchadien soutient militairement la rébellion soudanaise. Mes visites répétées chez le préfet n’ont eu aucun effet conséquent. Pour marquer le coup, j’ai donc pris la décision de bloquer tout convoi humanitaire jusqu’à ce que le camp récupère intégralement son caractère civil. Trois jours plus tard, le préfet appelait devant moi l’Etat Major des rebelles pour leur demander de s’éloigner de 5 kilomètres du camp. Nous avons pu ainsi reprendre nos activités.
Comment se fait-il que les autorités aient décidé d’agir en la faveur des humanitaires une fois les activités suspendues ? J’écrivais précédemment qu’il n’y avait pas 28’000 réfugiés à Oure Cassoni. Beaucoup d’entre eux sont en déplacement au Tchad ou sont retournés au Soudan. Certains reviennent, d’autre pas. Certains meurent, d’autres se remarient et finissent par oublier leur propre famille qui les attend en vain sur le camp. Pendant les opérations de recensement, beaucoup de réfugiés se présentent à plusieurs reprises, avec des identités différentes, dans le but de disposer de plus de vivres. Vu la désorganisation de ces opérations, ces fraudes sont pour la plupart inaperçues. S’il n’y a pas 28’000 personnes à Oure Cassoni, que font les réfugiés de toute cette nourriture supplémentaire. En guise de réponse, deux hypothèses : 1) Ils revendent ces rations au marché. 2) Ils les redistribuent en partie aux rebelles. Ainsi, il est possible que nous alimentions une partie de la rébellion soudanaise. Même constat pour l’eau où les rebelles viennent se servir à la station d’épuration quand bon leur semble. Cependant, l’eau étant un bien commun, cela ne constitue pas forcément un problème éthique.
Ils criaient et leurs bras tournaient dans le vide comme des moulins à vent.
Mais quel âge avaient-ils ?
Entre 12 et 14 ans.
Après plus de deux semaines passées à Oure Cassoni, les rebelles darfouris du Mouvement pour la Justice et l’Egalité disparaissent subitement dans la nature. Nous apprenons qu’ils ont affronté, le 10 mai, les forces gouvernementales soudanaises à Omdourman, localité qui fait face à Khartoum (trompe d’éléphant en langue arabe) sur l’autre rive du Nil. Ils ont réussi à causer des dégâts conséquents, notamment sur des infrastructures et du matériel de guerre soudanais. Cependant, les pertes humaines et matérielles sont également importantes chez les rebelles dont la fulgurante progression en territoire soudanais ne finira que par effleurer légèrement Khartoum.
10 jours passent et nous devons à nouveau combiner avec leur présence dans la région. Cette fois-ci, j’ai décidé de me battre sur la scène politique mais surtout sur la problématique du recrutement qui touche essentiellement les jeunes réfugiés, mineurs y compris. L’oisiveté, le manque d’écoles supérieures, un avenir plus qu’incertain et l’absence totale d’activités font que les jeunes sont des proies faciles pour les rebelles. Comment se passe le recrutement ? Il y a apparemment sur le camp des intermédiaires réfugiés qui approchent les jeunes pour les recruter contre une somme d’argent symbolique. Ces intermédiaires dressent une liste qu’ils remettent aux rebelles. Une fois cette liste en leur possession, ceux-ci n’ont qu’à recueillir la marchandise rendue docile par l’argent mais surtout par l’espoir d’un avenir meilleur. Le recrutement est un phénomène très courant à Oure Cassoni ce qui expliquerait en partie que plus de 2/3 de la population réfugiée de ce camp est de sexe féminin.
Quand j’ai appris par des humanitaires que des véhicules armés embarquaient de force des mineurs, j’ai décidé de redoubler les mesures préventives en instaurant un couvre-feu sur le camp et en déployant la majorité des humanitaires pour des opérations de sensibilisation. Il est cependant difficile de parler ouvertement du recrutement. Les leaders utilisent plutôt le mot disparition. L’info est paralysée et les réfugiés ont peur de s’exprimer. Je retrouve ici quelque chose qui m’est si familier en Sicile : l’omerta. Mon grand-père avait ainsi raison en me disant "ogni mondo è paese".
Les humanitaires eux-mêmes craignent de s’exposer trop en parlant du recrutement. Ce qui nous manque, c’est avant tout un minimum de cohésion entre nous. Le contexte dans lequel nous travaillons peut expliquer en partie notre désorganisation. L’insécurité permanente empêche l’action de se munir de son cadre de réflexion. Pendant les réunions de coordination HCR et partenaires, nous avons donc décidé d’aménager un espace consacré spécifiquement à l’analyse dans le but d’améliorer la portée de nos actions en leur offrant plus de cohérence.
Revenons-en au recrutement. Face aux nombreuses difficultés rencontrées pour poser adéquatement des mesures préventives, il m’a été nécessaire de rebondir avant que le sentiment d’impuissance ne prenne le dessus sur notre moral. Dans ce sens, nous avons mis sur pied des ateliers de réflexion, restructuré les services communautaires, rencontré tous les comités des réfugiés, mené des actions sensibilisatrices dans les infrastructures accueillant les jeunes, demandé le soutien d’organismes spécialisés tel que l’UNICEF, etc.
Lorsque j’ai à nouveau appris que le recrutement forcé sur le camp continuait, je me suis rendu immédiatement chez le préfet dans le but de lui signifier que son contact privilégié avec les rebelles pouvait faire en sorte de débloquer une situation fondamentalement urgente. Je le savais dépasser par la présence des rebelles mais il était le seul qui pouvait interagir avec ce groupe armé et nous servir ainsi d’interlocuteur. D’autant plus que le représentant du HCR à N’Djamena m’avait appelé la veille pour me signifier que le premier ministre tchadien ne trouvait pas la situation alarmante à Bahai. Le représentant m’invitait ainsi à mettre plus de pression sur les autorités locales dans le seul et unique but que le préfet durcisse le ton auprès des rebelles.
La situation n’est pas alarmante... à l’heure où je vous écris, des Antonov (avions d’origine russe que le gouvernement soudanais utilise comme bombardier) ne cessent de survoler Bahai et Oure Cassoni. Il y a deux jours, des bombardements retentissent à 20 kilomètres au sud de Bahai. Hier et aujourd’hui, des tirs d’artillerie lourde se manifestent de part et d’autre. Hier encore, un gamin de 14 ans reçoit une balle perdue mais rassurez-vous, la situation n’est pas alarmante, le gamin est mort sur le coup... un autre encore perd sa main après avoir voulu saisir un objet qui n’était rien d’autre qu’un engin explosif...
Chez le préfet : celui-ci, sourire au coin, ne me répond pas. Il m’écoute, il prend son Thuraya (téléphone satellitaire), compose un numéro en face de moi tout en me tendant le téléphone. Sans comprendre, me voici en ligne avec le chef de l’Etat Major des rebelles. J’avais déjà entendu parler de lui. Il parle un bon anglais, sans aucun doute mieux que le mien. S’en suit une conversation très courtoise et intéressante. Je suis souple mais intransigeant. Mon interlocuteur joue la carte de l’effet de surprise en se disant outrer d’apprendre qu’il y a du recrutement forcé sur Oure Cassoni. Je lui signifie que tout type de recrutement est un problème et que les rebelles, soutenus par le gouvernement tchadien, ne respecte pas les protocoles, notamment celui de Paris qui a été ratifié par le Tchad et qui interdit tout recrutement de mineurs dans une force ou un groupe armé. Il me donne raison concernant les mineurs, mais il me dit ne rien pouvoir faire pour les jeunes qui ont atteint leur majorité. Après vingt minutes de conversation, il me garantit que dès demain je ne verrais plus de rebelles sur le camp. Je le remercie tout en lui signifiant que cette garantie doit s’étendre également pendant l’absence des humanitaires sur le camp, notamment la nuit. Le lendemain, les rebelles étaient encore là mais en civil cette fois-ci. Cette promesse éphémère ne durera que quelques jours, le temps qu’elle se fasse, elle aussi, dévorer par ce soleil intransigeant et cette humanité qui ne cesse de décliner.
Raconte-moi une histoire !
Tellement d’histoires que j’aimerais partager avec vous, comme par exemple cette grève déclarée par le personnel d’une ONG, le premier jour de la distribution mensuelle des vivres. Grève qu’il a fallut débloquer au plus vite sous peine de voir les réfugiés se transformer en émeutiers.
Je pourrais également vous décrire cette explosion d’une cuve contenant plus de 100’000 litres d’eau privant les réfugiés de cette ressource pendant plusieurs jours.
Ou encore les nombreuses rencontres entre les autorités et les missions de l’EUFOR qui viennent nous rassurer sans pour autant que nous n’ayons encore remarqué la moindre présence de cette force dans notre région.
Qu’en est-il de Pascal ? Ce Français, travaillant pour l’ONG « Save the Children », a été assassiné, lors d’un convoi à l’est du Tchad, au début du mois de mai. Par soucis d’intégrité, il a refusé de cautionner la corruption desservie par l’aide internationale aux autorités locales. Jusqu’à présent, force est de constater que la justice est plus faible que l’impunité offerte aux assassins de Pascal. La thèse officielle accuse le banditisme qui sévit à l’est du Tchad. Cette version des faits n’est pas fausse mais pour la rendre plus proche à la réalité, il serait nécessaire de définir la parole banditisme en la contextualisant au niveau des pouvoirs locaux mais également régionaux, nationaux et bien évidemment internationaux. Ainsi, Pascal est mort d’une balle dans la tête sans que justice soit faite tout simplement car ce banditisme est avant tout d’ordre étatique et, ce qui dessert l’Etat tchadien, sert des intérêts qui outrepassent la vie d’un homme qui se bat pour une cause qui semble désormais perdue d’avance.
Des histoires j’en vis plusieurs par jour sans pour autant disposer du temps nécessaire pour apprécier leur contour et saisir la profondeur de leur entité. Comment pourrais-je ainsi être en mesure de vous les retranscrire ? Ce courrier dresse un portrait assez grossier de ce que je vis ici. J’aurais bien voulu approfondir certains détails afin d’offrir à cet écrit la charge émotionnelle et sensorielle qu’il devrait normalement contenir.
Ce qui m’inquiète c’est que ma fatigue ne repose sur rien...
Tant d’histoires et si peu de temps à dédier à une écriture qui se dégrade au fur et à mesure que je cumule fatigue et tension. A vrai dire, je me sens épuisé. Un épuisement profond qui m’interroge sur le bien fondé de ce que je vous écris, donc de ce que je vis. Cette fatigue, que je réussis à surmonter à coup d’adrénaline le jour et d’endorphine le soir, me guette pour rattraper sa territorialité sur un corps constamment sous tension. Je crains mes prochaines « vacances » (cela me fait bizarre de penser vacances dans le merdier dans lequel je vis au jour le jour, d’où l’utilisation des guillemets) car le relâchement qui s’en suivra sera sans aucun doute fatal à ce pauvre corps qui subit ce que la raison, à ce stade déraisonnable, lui ordonne.
Je suis en quelque sorte déconcerté d’éprouver la sensation que cette fatigue ne repose finalement sur rien… L’on m’avait pourtant averti que j’allais à l’encontre de plusieurs frustrations. Effectivement, la notion de projet est ici désuète. Ce camp existe depuis plus de quatre ans et pourtant l’urgence est constamment à l’ordre du jour. Tout vous ramène à devoir panser des blessures désormais trop conséquentes pour vous donner la prétention de soigner quoi que ce soit dans un délai déterminé. Ici, l’humanitaire est avant tout un pharmacien qui ne dispose ni des outils ni des moyens nécessaires pour effectuer son travail adéquatement. Dans ce sens, mes conceptions relatives aux notions de solidarité et d’autonomie sont sérieusement remises en cause.
L’engagement cède la place au R&R…
Nous disposons d’un système de repos régulier que le jargon onusien nomme les R&R (Rest & Recuperation). Toutes les six semaines, nous quittons le Tchad pendant une semaine dans le but de reprendre des énergies. Cumulée aux congés et aux jours de déplacements, cette semaine se transforme rapidement en une période de deux à trois semaines. Il est vrai qu’il est très éprouvant de travailler en phase 4 (la phase 5 correspond à l’évacuation des humanitaires comme celle vécue au début du mois de février) et qu’une semaine de repos est toujours la bienvenue. Cependant, il est aussi vrai que les équipes de travail ne sont jamais au complet et qu’il est difficile d’avoir une bonne cohésion professionnelle si toutes les six semaines il nous faut nous absenter deux à trois semaines. Il est très fréquent que l’humeur des humanitaires varie selon le nombre de jours qu’ils doivent encore passer sur le territoire tchadien. Dans ce sens, l’on peut sincèrement se demander si l’engagement des humanitaires ne consistent pas avant tout à tenir le coup jusqu’au prochain R&R.
Quoiqu’il en soit, entre fin avril et début mai, je me suis rendu au Rwanda pour mon premier Rest & Recuperation. Ce pays est splendide d’autant plus que sa végétation luxuriante laisse transparaître toute la beauté relative au métissage du tropicalisme et du climat tempéré. Autant l’océan vous inonde de bleu, autant le Rwanda vous régale de son vert abondant. La nourriture m’a particulièrement marqué, surtout après sept semaines sans fruits ni légumes. Le Rwanda car l’on m’a offert la possibilité de participer à l’initiation d’un projet universitaire en recherche-action que je juge pertinent : l’éducation à la citoyenneté démocratique à des fins de réconciliation nationale. Vous détailler ce projet me prendrait plusieurs pages d’écriture et il me semble, pour celles et ceux qui me lisent encore, que le moment est venu de mettre un terme à cet écrit. Rapidement : durant cette semaine j’ai pu côtoyer des professeurs de l’université publique rwandaise en penchant avec Roland sur la question de la réconciliation nationale qui nous tient particulièrement à cœur. Le projet est lancé et nos collègues rwandais sont tout aussi enthousiastes que nous le sommes.
Se revoir…
Prochain R&R, Genève… une question de quelques jours maintenant. Au plaisir de vous y revoir même si mon séjour sera de très courte durée. Pour celles et ceux qui ne se trouveront pas sur le même continent, ce plaisir ne fera que s’intensifier au point où, ne pouvant plus vous résister, je viendrai à nouveau vers vous.
J’espère sincèrement que tout va pour le mieux pour vous et que vous profitez pleinement de cet été.
Gardons le contact et prenez bien soin de vous !
Je vous envoie tout mon cœur.
Pepe
PS : quelques photos disponibles sur Facebook (rechercher Giuseppe Rullanti)
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